Empire de 27 av. J.-C. à 476 ap. J.-C.

Histoire romaine - Empire

Cours d'histoire romaine et activités pédagogiques sur  le délitement des institutions républicaines et sur la fondation de l'Empire de 27 av. J.-C. à 476 ap. J.-C.

Illustration : Le Colisée, gravure extraite de Itinéraire instructif de Rome (entre 1746 et 1761) par Giuseppe Vasi. Source : Google Books

Cicero Catilinam denuntiat (1888) par Cesare Maccari

Cliquez sur l'image pour afficher le diaporama ! Analyse de la fresque du Palazzo Madama à Rome réalisée par Cesare Maccari entre 1882 et 1888.

Caius Julius Caesar

Cliquez sur l'image ou bien ici pour afficher le diaporama sur la vie de César ! César est né à Rome en 101 avant J.-C.. Il appartient à la gens Julia et ses véritables prénom et nom sont Caius Julius. Il tient son surnom d'un ancêtre qui aurait tué un caesar, mot carthaginois qui signifierait éléphant. Il appartient à une vieille famille patricienne ; il prétend descendre du prince troyen légendaire Enée et de la déesse Vénus elle-même. Malgré ses origines nobles, il choisit le parti des populares. En 73, il assiste passivement à la répression contre les esclaves emmenés par Spartacus.

En 61, il forme avec Pompée et Crassus le premier gouvernement de trois hommes, appelé triumvirat et obtient le consulat en 59. Il part ensuite en Gaule pour conquérir la gloire militaire qui lui fait défaut. Il a pour adversaire le fameux chef gaulois Vercingétorix. En 50, il franchit illégalement le Rubicon, cours d'eau qui marquait le début du territoire romain, et déclenche ainsi une guerre civile. C'est à ce moment-là qu'il prononce la célèbre formule : « Alea jacta est ! Le sort en est jeté ! » Mais César l'emporte sur son rival Pompée en Grèce, à Pharsale, en 48. Pompée se réfugie en Égypte où César le poursuit en vain, car ce général y est assassiné.

La capitale de l'Egypte est alors Alexandrie. César veut étendre les conquêtes romaines et, sous l'influence de la reine Cléopâtre, divise les armées égyptiennes. L'incendie du port entraîne la destruction de la fameuse bibliothèque, haut lieu de la culture antique. La liaison de César avec Cléopâtre est durable et elle met au monde un enfant surnommé Césarion.

Après une liaison avec la reine d'Égypte, César revient à Rome et il est nommé dictateur, c'est-à-dire magistrat nommé en cas de crise et doté des pleins pouvoirs. Il est désormais couvert de gloire, ce qu'il montre en portant en permanence une couronne de lauriers sur son crâne dégagé, sur sa célèbre calvitie.  Le mal dont il souffre (des crises d'épilepsie) ne l'empêche pas d'entreprendre des réformes pour mieux répartir les terres conquises en Italie ; mais le 15 mars 44, victime d'une conjuration de patriciens, il est tué à coups de poignards en pleine séance du Sénat. Parmi ses assassins se trouve son fils adoptif Brutus auquel il adresse ces dernières paroles : « Tu quoque, mi fili ! Toi aussi, mon fils ! »

La Guerre des Gaules

Cliquez sur l'image ou bien ici pour afficher le diaporama sur la Guerre des Gaules !

César est timbré !

La poste a édité au mois de février 2014 un timbre à l'effigie de Jules César. C'est une création de Pierre Albuisson d'après le buste exposé au Musée départemental Arles antique (Bouches-du-Rhône). En 2007, des eaux troubles du Rhône à Arles, une équipe d'archéologues subaquatiques fait remonter une trentaine d'objets provenant d'un navire naugragé, dont un buste en marbre blanc : il s'agirait de la plus ancienne représentation de Jules César. Typique de la série des portraits réalistes d'époque républicaine (calvitie, traits dus à l'âge...) ce buste date sans doute de la création de l'Arles romaine en 46 avant Jésus-Christ. - Source : Le portail du timbre

Auguste - Statue de Prima Porta

Cliquez sur l'image pour afficher le diaporama ! Statue d'Auguste dite de Prima Porta.

De 14 à 37 Tibère

« Il était gros et robuste, d'une taille au-dessus de la moyenne, large des épaules et de la poitrine, bien fait et bien proportionné. Il était plus adroit et plus fort de la main gauche que de l'autre : les articulations en étaient si vigoureuses, qu'il perçait du doigt une pomme encore verte, et que, d'une chiquenaude, il blessait à la tête un enfant et même un jeune homme. Il avait le teint blanc, les cheveux un peu longs par derrière et tombant sur le cou, ce qui était en lui un usage de famille. Son visage était beau, mais sujet à se couvrir subitement de boutons ; ses yeux étaient fort grands, et, chose étonnante, ils voyaient aussi la nuit et dans les ténèbres, mais pendant peu de temps et quand il venait de dormir ; après quoi sa vue s'obscurcissait peu à peu. Il marchait la tête immobile et baissée, d'un air chagrin, et le plus souvent en silence. Il ne disait mot à ceux qui l'entouraient ; ou s'il parlait, ce qui était très rare, c'était avec lenteur, et avec une certaine gesticulation des doigts, pleine d'afféterie. Ces habitudes désagréables et arrogantes avaient été remarquées par Auguste, qui essaya plus d'une fois de les excuser auprès du peuple et du sénat, "comme des défauts venant de la nature et non du caractère." Il jouit d'une santé à peu près inaltérable pendant presque tout le temps de son règne, quoique, depuis l'âge de trente ans, il la gouvernât à sa guise, sans l'aide ni le conseil d'aucun médecin. » Portrait de Tibère par Suétone dans Vie des douze Césars, livre LXVIII

De 37 à 41 Caligula

« Il avait la taille haute, le teint pâle, le corps très gros, les jambes extrêmement maigres, ainsi que le cou ; les yeux enfoncés, les tempes creuses, le front très large et menaçant, fort peu de cheveux, le sommet de la tête entièrement chauve, et le reste du corps très velu. Aussi était-ce un crime capital que de regarder d'en haut quand il passait, ou de prononcer le mot chèvre. Son visage était naturellement affreux et repoussant, et il s'appliquait à le rendre plus effrayant encore, en étudiant devant un miroir, tous les moyens possibles de terreurs et d'effroi. Il n'était sain ni de corps ni d'esprit. Affligé d'épilepsie dès ses premières années, il n'en apporta pas moins d'ardeur au travail dans son adolescence ; non toutefois sans éprouver des défaillances subites, qui lui ôtaient la faculté de se mouvoir et de se tenir debout, et dont il avait beaucoup de mal à revenir. Il connaissait son dérèglement mental, et avait songé plus d'une fois à faire retraite et à se nettoyer le cerveau. On dit que sa femme Césonie lui avait donné pour breuvage un philtre amoureux, qui n'eut d'autre effet que de le rendre furieux. Il était surtout excité par l'insomnie ; car il ne pouvait jamais dormir plus de trois heures, et encore d'un sommeil inquiet, et troublé par des songes bizarres : il rêva une fois que le fantôme de la mer lui parlait. Aussi, la plus grande partie de la nuit, las de veiller et d'être couché, il restait assis sur son lit ou se promenait dans de vastes galeries, attendant et invoquant le jour. » Portrait de Caligula par Suétone dans Vie des douze Césars, livre L

De 41 à 54 Claude

Les soldats pillaient le palais de l'empereur Caligula assassiné, lorsque l'un d'eux, en furetant, aperçut derrière une tapisserie un homme d'une grande taille, à tête chauve, et qui tremblait de tous ses membres. C'était Claude, frère de Germanicus et oncle de Caligula : il le salua empereur. Les prétoriens le placèrent dans une litière et le portèrent au milieu de leur camp. Le prince, revenu de sa frayeur, reçut le serment des gardes, et, pour s'assurer leur fidélité, il leur distribua vingt-cinq deniers par tête, promettant d'étendre la libéralité aux autres troupes. Telle fut l'origine du fameux donativum ou droit d'avènement, que les soldats et surtout les prétoriens exigèrent de chaque nouvel empereur, et qu'il ne fut plus possible de leur refuser.

Claude était un pauvre prince, sans méchanceté naturelle, mais si stupide, que sa mère Antonia l'appelait ébauche de la nature. Il avait eu une enfance toujours languissante qui avait affaibli tout à la fois son corps et son esprit. Auguste ne l'appelait que le pauvre homme et faisait placer à côté de lui son cousin Silanus pour l'empêcher de dire des niaiseries. Il était pourtant fort versé dans la littérature ; il avait composé un livre sur les Etrusques et une histoire romaine à partir de la mort de César.

Claude, incapable de volonté, abandonna la direction des affaires à d'infâmes affranchis, dont les plus puissants furent Pallas et Narcisse. Les conseils détestables de ces hommes le poussèrent à tous les vices, à tous les excès, et lui firent signer la mort d'un grand nombre de citoyens illustres. Honneurs, commandements, grâces, punitions, tout dépendait d'eux. Ils cassaient les jugements du prince et lui faisaient sanctionner tous leurs ordres.

Malgré sa faiblesse, les armées de Claude (commandées par Cn. Sentius et A. Plautius) firent pourtant pour la gloire de l'empire ce que n'avaient pu faire ni Auguste, ni César : elles conquirent la partie méridionale de la (grande) Bretagne et Claude fit alors prendre à son fils le nom de Britannicus. Il eut aussi l'heureuse pensée de défendre les intérêts des provinces. Il compléta l'organisation de la Gaule commencée par Auguste et il déclara, par un sénatus-consulte, que les Gaulois seraient désormais admis aux honneurs, comme les citoyens romains.

L'impératrice Messaline profitait de la faiblesse d'esprit de son mari pour se livrer à ses passions, et le palais était souillé par les plus horribles débauches. L'ambition personnelle de cette femme le tira un moment de sa torpeur et de son abrutissement : elle voulait le renverser pour lui substituer un jeune patricien dont elle était éprise. Claude ordonna la mort de cette épouse infâme et jura devant l'armée de garder le célibat. Mais il ne put résister longtemps aux flatteries et aux caresses de sa nièce Agrippine et il épousa cette femme qui ne valait guère mieux que Messaline.

En prenant l'ascendant sur un mari fragile, Agrippine se rendit maîtresse absolue de toutes les affaires publiques. On la voyait siéger dans les cérémonies publiques à côté de Claude, elle recevait avec lui les ambassadeurs et prononçait les jugements. Son grand dessein fut de faire adopter son fils Néron et de le substituer sur le trône à Britannicus, fils et héritier légitime de Claude. Le stupide empereur écouta ses perfides insinuations et préféra Néron à son propre fils. Bientôt il eut regret de cette adoption et de son mariage avec Agrippine. Il avait rendu au jeune Britannicus toute sa tendresse et il se disposait à le rétablir dans ses droits, mais Agrippine prévint ses intentions en cherchant à l'empoisonner.

Elle voulait un poison d'une espèce nouvelle, qui troublât la raison sans trop hâter la mort, de peur qu'une fin trop soudaine ne décelât le crime. Elle jeta les yeux sur une femme habile en cet art détestable, nommée Locuste, et qui fut longtemps, pour les maîtres de l'empire, un instrument de pouvoir. Le poison, préparé par cette femme, fut mis dans un ragoût de champignons, mets favori du prince. Mais l'effet ne répondant pas à l'attente d'Agrippine, celle-ci, effrayée et bravant tout, parce qu'elle avait tout à craindre, s'adressa au médecin Xénophon, dont elle s'était assuré d'avance la complicité. Celui-ci, sous prétexte d'aider le vomissement, enfonça dans le gosier de Claude une plume imprégnée d'un poison si subtil qu'il lui donna la mort instantanément.

Claude vécut soixante-quatre ans et en régna quatorze. Il fut consacré après sa mort en 54, et abusivement nommé Divin.

Mémento

Claude de 41 à 54 après J.-C. - Après l'assassinat de Caligula, les prétoriens trouvèrent son oncle Claude caché dans un coin du palais et ils le proclamèrent empereur. Frère de Germanicus, ce prince instruit, mais faible, se laissa gouverner par des femmes et des favoris. Son épouse Messaline acquit une honteuse réputation d'impudicité : il la fit mettre à mort. Malgré sa faiblesse, les armées de Claude firent pourtant pour la gloire de l'empire ce que n'avaient pu faire ni Auguste, ni César : elles conquirent la partie méridionale de la (grande) Bretagne et Claude fit alors prendre à son fils le nom de Britannicus. Il épousa sa nièce Agrippine, mais il fut bientôt empoisonné par cette femme ambitieuse, qui voulait écarter du trône Britannicus (fils de Claude et de Messaline) pour y faire monter son propre fils Néron (qu'elle avait eu d'un premier mariage).

De 54 à 68 Néron

Au moment où l'empereur Claude rendait le dernier soupir, Agrippine, feignant d'être vaincue par la douleur et de chercher des consolations, courait auprès de Britannicus ; elle le serrait dans ses bras, l'appelant vivante image de son père, et l'empêchait par mille artifices de sortir et de se montrer. Des gardes fermaient par ses ordres toutes les portes du palais, et elle clamait haut et fort que la santé de Claude allait mieux, afin d'entretenir l'espérance des soldats jusqu'à ce que toutes les mesures fussent prises pour assurer l'empire à son fils Néron.

Néron n'avait que dix-sept ans lorsqu'il fut salué empereur les prétoriens et par le peuple. Il fit faire de magnifiques funérailles à l'empereur Claude, et se montra plein d'égards pour sa mère Agrippine qui avait été l'auteur de son élévation et qui lui avait donné pour gouverneurs le philosophe Sénèque et le préfet du prétoire Burrhus. Tout en lui annonçait un bon prince. Burrhus et Sénèque avaient guidé sa jeunesse : le premier, distingué par ses talents militaires et la sévérité de ses mœurs ; le second, par l'esprit et le savoir, et par l'agrément des manières. Dans le discours impérial que Sénèque avait composé, le jeune prince promettait de gouverner suivant les préceptes d'Auguste. Tant que le jeune empereur resta maître de ses passions, le peuple fut heureux. En toute occasion, il lui donnait des marques de sa libéralité et de sa clémence ; il abolit ou diminua les impôts, distribua quatre cents sesterces à chaque citoyen, secourut les sénateurs qui étaient dans l'indigence, donna des rations de blé gratuitement aux soldats prétoriens, et on l'entendit s'écrier en signant la condamnation d'un criminel : « Je voudrais ne pas savoir écrire. »

Mais Sénèque ayant fait perdre à Agrippine le crédit qu'elle avait sur le prince, celle-ci pour s'en venger menaça Néron de lui retirer ses faveurs pour les accorder à Britannicus, l'héritier légitime de Claude. Le jeune empereur, effrayé de cette menace, découvrit sa vocation criminelle : la mort de Britannicus fut résolue. Un jour, au milieu d'un repas de famille, le fils de Claude tomba tout à coup sans voix et sans connaissance ; il venait d'avaler du poison dans un breuvage que Néron lui avait fait servir. La nuit même il fit faire les funérailles sans bruit et sans éclat, et les biens du malheureux prince furent distribués à ceux qui étaient dans le secret du crime.

Agrippine essayait de retenir le pouvoir qui lui échappait. Mais Néron, poussé par de détestables conseils, et devenant aussi de jour en jour plus hardi dans ses crimes, conçut contre sa mère une profonde aversion et résolut de la faire mourir. Anicétus, préfet de la flotte, s'offrit pour servir sa haine parricide. Il montra au prince un vaisseau disposé de telle manière qu'une partie pouvait artificiellement s'en détacher dans la mer. Cette horrible invention fut approuvée. L'empereur, célébrant à Baies les fêtes de Minerve, y attira sa mère dans l'espoir d'une réconciliation. La crédule Agrippine s'y rendit à la hâte. Néron courut au-devant d'elle à son débarquement, lui présenta la main, la serra entre ses bras, et, après une journée de fête et de tendresse qui devait dissiper toutes ses défiances, il la conduisit vers le rivage où une galère plus richement ornée que les autres l'attendait. La séparation parut amicale des deux côtés. Agrippine monta sur la galère pour retourner à Antium. Une nuit brillante d'étoiles promettait un heureux trajet. Tout à coup, à un signal donné, le plafond au-dessus du lit où reposait Agrippine s'écroule, et la galère s'enfonçant peu à peu jette toute sa charge à la mer. Une des suivantes d'Agrippine, s'étant écriée qu'elle était la mère de l'empereur, fut tuée à coups de rames. Agrippine, légèrement blessée, avait pu se sauver, en gagnant à la nage des bateaux marchands qui la déposèrent sur le rivage. De là, transportée à sa maison de campagne, elle commença à réfléchir sur le crime préparé contre elle, et, ne voyant plus d'autre ressource que de paraître l'ignorer, elle écrivit à son fils que, grâce à la bonté des dieux, elle venait d'échapper à un grand péril. D'après les conseils de Sénèque et de Burrhus, il envoya l'affranchi Anicetus égorger celle qui lui avait donné le jour. A la vue de ce sicaire, Agrippine lui dit avec résignation et courage : « Frappe le sein qui a porté Néron ».  Il frappa, et Néron déclara froidement que de ce jour il se sentait le maître de l'empire.

Tout cruel qu'il était, cet empereur n'eût peut-être pas osé commettre un pareil crime, s'il n'y eût été poussé par une exécrable femme, nommée Poppée, qui détestait Agrippine parce qu'elle s'opposait à ce que Néron renvoyât Octavie, fille de Claude et épouse de Néron, pour la faire impératrice. Octavie, ne survécut pas longtemps à Agrippine ; elle périt peu de mois après, victime, comme elle, des fureurs de Néron, encore excitées par Poppée ; et cette odieuse femme crut avoir atteint le suprême bonheur, parce qu'elle fut élevée au rang d'impératrice.

Pour se distraire des remords qui dévoraient son âme, cet empereur parricide se jeta dans tous les plus grands excès. Il donnait des représentations théâtrales où il figurait lui-même comme acteur, il prenait plaisir à disputer le prix de la poésie et de la musique avec les jeunes poètes et les jeunes artistes de Rome. Toutes ces folies ayant épuisé ses trésors, il hâta la mort de sa tante Domitia pour jouir de ses biens ; il empoisonna Burrhus et exila Sénèque, parce qu'ils condamnaient ses extravagances, et depuis ce moment, chacun de ses jours fut marqué par de nouveaux meurtres et de nouvelles injustices. Choqué du mauvais goût des anciens édifices, de la petitesse et de l'irrégularité des rues de Rome, on le soupçonna d'y faire mettre le feu publiquement. L'incendie dura six jours et sept nuits. Il regardait ce spectacle du haut de la terrasse du palais impérial, charmé, disait-il, de la beauté du feu, et chantant en habit de comédien, l'embrasement de Troie. Pour apaiser les rumeurs qui l'accusaient d'avoir ordonné l'incendie, il rejeta la faute sur les chrétiens, qui commençaient alors à se montrer, et, trouvant des coupables à sa disposition, il leur fit souffrir les tortures les plus horribles. Ce fut pour Rome un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par les chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux dans les jardins du palais.

Néron se fit ensuite construire un palais immense qu'il appela la Maison Dorée. Toutes les villes libres, toutes les provinces conquises, tous les peuples alliés furent dépouillés pour payer les frais de cet édifice gigantesque. Les riches ayant conspiré contre ce tyran, leur complot fut découvert et ils payèrent de leur vie leur généreux dessein. Néron se servit même de cette conjuration, comme d'un prétexte, pour mettre à mort tous ceux dont il convoitait les biens ou dont il détestait les vertus.

Pendant que le maître du monde s'oubliait au sein du crime et de la débauche, les légions romaines se couvraient de gloire en Occident et en Orient. Suétonius pacifiait en Occident la Grande-Bretagne qui s'était révoltée, et Corbulon se distinguait en Orient par ses victoires sur les Parthes. Néron s'imagina de faire lui-même des conquêtes et ordonna des levées de troupes pour marcher contre les Parthes. Il arriva en Grèce avec son armée, mais comme elle n'était composée, pour ainsi dire, que de joueurs de flûtes et de chanteurs, toute son ambition se borna à triompher dans les jeux olympiques et à recevoir de tous les Grecs des applaudissements pour son talent de musicien et sa voix céleste. Il rappela Corbulon dont la gloire lui faisait ombrage, et pour toute récompense de ses services il lui donna la mort. Le bruit d'une conspiration rappela le tyran à Rome. Il y parut en triomphateur sur un char traîné par des chevaux blancs.  Autour de son char se pressait une foule nombreuse, chantant la gloire du triomphateur et jetant sur son passage des parfums, des fleurs et des rubans. Ce ne fut pas tout : l'empereur se fit représenter en musicien dans ses statues et sur ses monnaies; il s'abstint désormais de parler aux soldats de peur de gâter sa voix.

Après avoir supporté ce monstre pendant près de quatorze ans, le monde en fit à la fin justice. Vindex souleva les Gaules, et Galba fut proclamé empereur en Espagne. A cette nouvelle Néron délibéra s'il se retirerait chez les Parthes, s'il irait se jeter aux pieds de Galba, ou s'il paraîtrait en deuil dans la tribune aux harangues pour demander pardon du passé. Il n'osa s'arrêter à ce dernier parti dans la crainte d'être mis en pièces par le peuple avant d'arriver à la place publique. Il demanda le gladiateur Spicillus ou quelque autre qui voulût l'égorger ; mais ne trouvant personne, il s'écria : « Je n'ai donc ni amis ni ennemis ! » et il courut pour se précipiter dans le Tibre. S'étant arrêté, il alla se réfugier dans la demeure sale et étroite de Phaon, un de ses affranchis. Là il apprit que le sénat l'avait déclaré ennemi de la patrie. Epouvanté du sort qu'on lui réservait, il saisit deux poignards qu'il avait sur lui et se les enfonça dans la gorge, aidé par son secrétaire Epaphrodite. Il périt dans la trente-deuxième année de son âge, en s'écriant « Qualis artifex pereo ! », ce qui signifie « Quel grand artiste périt avec moi ! ».

Mémento

Néron de 54 à 68 après J.-C. - Néron, dont le nom est resté pour désigner un cruel tyran, commença par être le modèle des princes, sous la sage direction du philosophe Sénèque. Mais il se laissa entraîner par ses violentes passions. Il empoisonna lui-même son frère Britannicus ; il fit assassiner sa mère Agrippine ; il poussa sa femme Octavie à s'ouvrir les veines. Sénèque fut contraint aussi de se suicider. Néron se livrait en outre à toute sorte de turpitudes et de folies. Il osa, à Rome même, monter comme acteur sur un théâtre. Un grand incendie détruisit une partie de la capitale : on soupçonna l'empereur de l'avoir fait allumer, pour qu'il pût du haut de son palais se représenter et chanter l'incendie de Troie. Il rejeta la faute de cette catastrophe sur les chrétiens, qui, à cette occasion, eurent à souffrir les plus horribles persécutions. L'empire se lassa pourtant d'être gouverné par un comédien. Les légions d'Espagne, commandées par le vieux Galba, marchèrent sur la capitale. Néron se suicida, en s'écriant « Qualis artifex pereo ! », ce qui signifie « Quel grand artiste périt avec moi ! ».



Sites recommandés :
Mediterranées
Empereurs romains
Quo Vadis


Dernière mise à jour : mercredi 13 décembre 2017